Les témoignages

Afin de souligner au mieux les éléments qui constituent un véritable filet de sécurité autour des jeunes à risque et de déterminer des éléments pertinents dans la pratique, nous avons choisi d’interroger trois personnes appartenant à la communauté des LGBT+. Nos interviews tournent majoritairement autour de la période de coming-out, que nous jugeons comme étant la plus difficile à traverser. Nous avons discuté avec eux de ce qui fut dur pour eux, mais aussi de ce qui leur a permis de s’en sortir.

Ces témoignages furent retranscrits par deux personnes différentes, avec un style d’écriture propre à chacun. Néanmoins, ils représentent tous un vécu personnel qui est à respecter.

Rencontre entre notre équipe représentée par Charlotte et Jean-Patrick, et F. qui a accepté d’être interrogé. (Initiale modifiée pour garder l’anonymat)

Nous commençons par lui demander à quel âge il a fait son premier coming-out et comment cela s’est déroulé. F. nous explique qu’il l’a fait vers ses 15-16 ans, une première fois un matin à l’école ou cela a représenté un événement puis une autre fois avec ses parents. F. l’a dit sous un élan de colère, mais malgré tout, sa famille a été d’un grand soutien selon lui
Nous lui demandons si sa famille a été une ressource pour lui ?
F. explique que dans un sens oui, ils étaient présents mais qu’il cherchait des réponses à ses questions et que, selon lui, ce n’était pas à ses parents de les lui apporter.  
« Je pense qu’ils ont fait comme ils ont pu et je pense qu’ils ont bien fait et c’était juste de dire : « on est là ». Je crois que c’est un peu pareil pour mes amis, même de manière plus générale, la présence et/ou de répéter dans les moments difficiles à quelqu’un qu’on est présent, je pense que c’est le premier échelon d’un soutien. »
F. raconte qu’il a cherché ses réponses auprès de personnes plus âgées dans le milieu gay à Genève. Il dit que ces personnes ont eu des rôles de guide ou de mentor, qu’ils l’ont aidé dans sa construction personnelles en lui apportant des réponses ou une sécurité.
Nous discutons de la peur d’être rejeté, il nous explique qu’il l’a eu et l’as encore d’une certaine manière. Il ne va pas exposer sa sexualité sur la table, mais il ne la cache pas. Plus jeune, il l’utilisait comme une « arme », pour se défendre, comme une manière de s’affirmer.
F. nous raconte ses moments difficiles durant son adolescence. Il nous dit qu’il a eu beaucoup d’idées noires mais qu’il n’a jamais pensé à la mort comme une solution. Cependant, il y a eu plusieurs passages à l’acte comme des violences envers lui-même, ce qui l’a amené à passer 6 mois dans une institution psychiatrique. Il rajoute que son parcours personnel durant son enfance est venu alimenter cet état de fait et que ce n’est pas uniquement dû à son homosexualité. Aujourd’hui il a plus de ressources qu’avant et il gère plus ou moins bien.
Nous lui demandons sur qui il a pu compter ?
Il nous répond que toutes les personnes qui auraient dû être là étaient présentes. Mais il se souvient d’une personne en particulier :
« Il y a une personne qui m’a remonté les bretelles. Je pense à quelqu’un qui avait une image d’autorité ou d’influence sur moi qui m’as dit : « maintenant t’arrêtes de foutre… de faire n’importe quoi…» Ça a enclenché tout un truc beaucoup plus constructif par la suite. »
Il nous raconte qu’il a aussi suivi une psychothérapie qui l’a réellement aidé. Les gens en général l’ont beaucoup aidé, ils lui ont permis de se sentir plus en sécurité.
Enfin, l’école d’infirmier lui a permis d’avoir une formation structurée et constructive. Il s’est senti appartenir à quelque-chose, avec un résultat à la clef, qui lui permet aujourd’hui de « renvoyer l’ascenseur ».

Dans cet entretien, nous nous intéressons aux ressources qui ont permis à Rose, membre de la communauté LGBT+, de faire son coming out et d’être aujourd’hui plus sereine dans son quotidien.

Rappelons-le, le coming out est une transition difficile, faite de stress, d’angoisse et d’incertitude. Les réactions de l’entourage sont souvent incertaines, et la peur du rejet et de l’abandon peut être par conséquent un important facteur de risque pour les idées noires. C’est cette période qui fut la plus dure à traverser pour Rose, celle où « ces idées furent vraiment fortes et prégnantes ». Pourquoi avoir transitionné alors ? Parce que, selon ses propres dires, « ça devenait un besoin urgent ». De plus, Rose avait d’ores et déjà contacté certaines associations pour trouver un soutien adapté et obtenir une place dans un logement au cas où les choses tourneraient mal au sein de sa famille.
Son coming-out se fit par étapes. Tout d’abord auprès de ses amis, puis de la famille et enfin aux yeux de la société. Elle admet qu’il ne fut pas idéal, mais sait qu’il aurait pu être bien pire aux vues des expériences de certains de ses proches. Tout commença par des allusions auprès de ses amis proches, des petites phrases lâchées ici et là pour montrer son intérêt pour certains faits typiquement féminins avant de finalement tout avouer sur son ressenti, puis à des amis de l’Uni, lors d’une soirée un peu arrosée. Dans les deux cas, elle reçut un accueil ouvert et la nouvelle fut « très très bien reçue ». Elle justifie cette acceptation par son appartenance à un groupe très tolérant et ouvert, dans lequel les diverses orientations sexuelles ont déjà été maintes fois discutées. Ce qui amène selon Rose à une connaissance minimum du sujet et donc à des personnes qui ne sont en rien choquées par une annonce telle que le coming-out de l’un des leur. Après tout cela, Rose découvrit le Refuge et l’association 360, pu découvrir des espaces de découvertes sécurisés, testa quelques activités féminines avec ses amies. Après beaucoup de réflexion et de mal-être et avec l’appui du Refuge pour la soutenir, elle finit par partager cette partie d’elle-même avec sa famille. Au-delà d’une certaine surprise face à cette annonce peu conventionnelle, sa mère et son frère l’accueillirent telle qu’elle était et firent vite tout leur possible pour s’adapter. Le seul point que Rose regrette aujourd’hui, c’est le peu d’effort de son père dans les premiers temps, qui ne semblait pas prendre la nouvelle sérieusement. Néanmoins, elle est ravie qu’il ait vite prit la peine de se renseigner, notamment grâce à la « brochure rouge du transgender general Network », même s’il a toujours un peu de mal aujourd’hui. Ce n’est qu’après ce coming-out auprès de l’ensemble de ses proches que Rose pu enfin être elle-même aux yeux de tous.
Si Rose pu surmonter cette épreuve à l’époque et encore aujourd’hui les remarques des inconnus, ce fut grâce aux associations, notamment le Refuge dont elle ne tarit pas d’éloges. Elles lui permirent d’être elle-même dans un espace sécurisé, de trouver un lieu d’accueil, une écoute, une aide… en soit de pouvoir se découvrir en toute sécurité. Le soutien de ses proches fut aussi essentiel, autant par sa famille que ses amis. Être entourée et soutenue est un élément fondamental qui permet d’avancer sans la crainte d’être rejetée et de finir abandonnée.
Pour finir, Rose a partagé avec nous un dernier message à transmettre à tous les jeunes transgenres qui n’ont pas encore fait leur coming-out et qui ne se sentiraient pas bien dans leur peau : « Transitionnez. Franchement, faites-le. On ne fait pas une transition parce que c’est marrant socialement. On ne fait pas une transition pour faire son intéressant ou son intéressante. On ne fait pas une transition parce qu’on a vu une vidéo d’un youtubeur et qu’on trouve ça drôle. On ne se tape pas un parcours médical absolument catastrophique avec des hormones qui nous défoncent le corps, on ne se tape pas les institutions qui se foutent de notre gueule parce que c’est marrant. On le fait parce qu’on en a besoin. C’est tout. ».